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Citoyens d'une humanité fragile

Développement et civilisations, N° 374, mai 09

par Hugues Puel(1)

Éditorial
« Citoyens d’une humanité fragile » par Roland Colin
Libre Propos

Éditorial

par Yves Berthelot

Notre devoir

Hugues Puel a raison : c’est bien en appliquant à aujourd’hui l’enseignement d’Économie et Humanisme que cette pensée continuera de vivre.

Mieux : le diagnostic des défis socio-économiques actuels montre combien il y a urgence pour répondre aux deux crises qui se superposent  : la crise financière et la crise environnementale.

La première, née de l’avidité au gain, nous amène à nous demander pourquoi notre système économique est incapable de réduire les inégalités nationales et internationales. La seconde, née de l’avidité à consommer, nous amène à nous interroger sur la création de besoins sans cesse plus artificiels.

L’ennui est qu’il n’y a pas de modèle alternatif prêt à l’emploi. Sommesnous alors condamnés à souhaiter que des réformes suffisent à réparer le système ou à vouloir que les révoltes se cumulent jusqu’à faire une révolution ?

Hughes Puel nous rappelle utilement au fil des lignes la « complexité des motivations humaines », « les espaces de liberté » qui existent même dans des systèmes très contraignants et le « rapport au territoire » comme élément fondamental du développement humain. Il nous rappelle aussi la méthode Lebret des « grandes enquêtes » pour fonder l’action.

A nous tous, donc, de rechercher autour de nous les expériences alternatives qui vont vers plus d’égalité entre les hommes et plus de respect de l’environnement, puis à militer pour les faire connaître et partager. C’est ainsi que nous pourrons contribuer à la naissance d’un système plus égalitaire et plus durable.

Citoyens d’une humanité fragile

par Hugues Puel

« Il vaut mieux avoir l’humilité d’entreprendre les grandes tâches en risquant l’échec, que l’orgueil de tout réussir dans le médiocre » écrivait Louis-Joseph Lebret. Récemment dissoute, l’association Économie et Humanisme - dont Hugues Puel retrace ici l’oeuvre et l’ambition - n’avait jamais cessé de rester fidèle à cette ligne. Portrait d’une aventure intellectuelle, spirituelle et militante.

Les statuts de l’association « Économie et Humanisme » ont été déposés à la préfecture de Marseille le 24 septembre 1941. Le 17 avril 2009, l’Assemblée générale extraordinaire vote à l’unanimité de ses 118 membres présents ou représentés, moins une voix, la dissolution de cette association. Le président Jean Vidaud raconte comment Économie et Humanisme, suite au retard de la vente de son siège social, fut mise sous administration judiciaire le 13 novembre 2007, puis liquidée par le tribunal d’instance le 28 octobre 2008 pour insuffisance d’actif. Il détailla la complexité des démarches, leur lourdeur et leur caractère souvent pénible. Il concluait ainsi son rapport moral : « Dans ses Principes pour l’action (1945), le père Lebret écrivait  : ‘’Il vaut mieux avoir l’humilité d’entreprendre les grandes tâches en risquant l’échec, que l’orgueil de tout réussir dans le médiocre.’’ »

Nous n’avons pas négligé les grandes tâches, comme en témoigne la qualité de nombreuses études, les numéros des cinq dernières années de la revue et plus encore l’élaboration du Manifeste « Citoyens d’une humanité fragile  » approuvé par notre Assemblée générale de 2006. Mais nous n’avons pas su trouver le milieu porteur du renouveau qu’il désignait. Fort de cette humilité d’entreprendre de grandes tâches qu’évoquait notre fondateur, et en me souvenant des grands moments que furent la célébration du cinquantenaire de l’association à Lyon et à Bruxelles et le dialogue eurojaponais à Lyon et à Tokyo, je n’ai pas honte de présider aux dernières péripéties d’une liquidation et d’une dissolution qui sont « devenues fatales  ». L’occasion d’évoquer, de façon très incomplète, les 68 ans de vie d’Économie et Humanisme. En trois phases  : l’âge des pionniers, l’âge de gestionnaires et l’âge des témoins.

1941-1966 ou L’âge des pionniers : entre visions prophétiques et innovations méthodologiques.

En 1930, le dominicain Louis-Joseph Lebret, ancien officier de marine, est assigné par ses supérieurs au couvent de Saint-Malo. C’est le moment où la grande crise économique commence à frapper les pêcheurs de la côte bretonne. Il prend conscience de la grande misère des familles côtières en leur rendant visite et en s’intéressant à leurs problèmes personnels et professionnels. En 1931, il fonde, avec Ernest Lamort, un syndicat d’artisans pêcheurs et prend contact avec d’autres syndicats professionnels de marins. Ainsi prend naissance ce que les spécialistes de l’histoire sociale française appellent le Mouvement de Saint-Malo qui aboutira à une nouvelle organisation de la profession des pêches maritimes(2)

Lebret développe ses qualités d’homme d’action, ses capacités de décision et son sens de la diplomatie. Ce furent aussi des années de réflexion. Face à la montée des périls, il partage les perplexités et les inquiétudes de l’époque face à la montée du nazisme et du communisme. Mais, en même temps, il lit Le Capital de Karl Marx, où il trouve des analyses économiques qui lui semblent manquer à la doctrine sociale de l’Église. C’est en faisant cette lecture qu’il a l’idée de la création d’Économie et Humanisme (EH). Après avoir songé à créer un Centre d’études sur le marxisme, il y renonça car « sous cette étiquette, écrit-il, notre travail aurait été fatalement interprété comme un travail, soit contre le marxisme, soit pour le marxisme, soit au-delà du marxisme. Mon désir était seulement de travailler à partir du marxisme, sur l’objet nouveau détecté par lui dans le champ des sciences humaines et selon la méthode d’expérimentation objective préconisée ou du moins rêvée par son inspiration première : ce faisant, élaborer une doctrine et une méthode de ce que, faute d’un meilleur nom, j’appelais l’économie humaine. Par ailleurs, il s’agissait moins d’étudier historiquement une doctrine théorique que de la confronter avec les deux faits dont elle proclamait et dont j’apercevais la solidarité : le fait économique et le fait humain. Ainsi prit nom Économie et Humanisme »(3)

Un esprit spiritualiste

Lebret fut assigné dans la province dominicaine de Toulouse, en zone encore non occupée par l’armée nazie, au couvent de Marseille, où il déclara en septembre 1941 à la préfecture de la ville la création d’Économie et Humanisme. L’objet social de cette association n’était pas médiocre : il s’agissait de promouvoir une économie au service de l’homme dans un esprit spiritualiste. Les fondateurs, outre Lebret et deux autres dominicains, Jacques Loew et Marie-Fabien Moos, étaient des laïcs : un chef d’entreprise Alexandre Dubois, un haut fonctionnaire Jean-Marius Gatheron, un patron de presse René Moreux, un philosophe Gustave Thibon, un économiste François Perroux.

Le Manifeste d’EH de 1942 remis à jour après la Libération eut une influence considérable tant par ses thèmes, le bien commun, l’économie des besoins, la communauté de travail que par le caractère innovant des méthodes proposées(4), n9, pp.51-52.. Il a marqué toute une génération de l’après-guerre. L’activité de Lebret va se déployer dans de grandes enquêtes pour la reconstruction et la modernisation des villes qui lui furent confiées par le ministre de la Reconstruction et du Logement, le MRP Claudius- Petit. De ces travaux qui permettront le développement d’équipes d’EH dans plusieurs villes françaises, naîtront des méthodes d’enquête originales qui permettront à Lebret de devenir Maître de recherches au CNRS.

Mais Lebret ne limite pas ses travaux à l’Hexagone. Dès l’été 1947, il donne une série de cours à l’École de sciences politiques de São Paulo. Des contacts pris alors dans les milieux politiques, naîtront une grande enquête réalisée au début des années 1950 sur les bidonvilles de Rio qui marqueront un tournant dans les études brésiliennes sur le sujet(5) . Les voyages de Lebret à l’étranger se multiplient, principalement en Amérique latine, mais la recherche se poursuit à Eveux (Rhône), où l’équipe, composée de dominicains et de laïcs, mène divers travaux d’enquêtes, publie de nombreux documents, dont la revue, et organise des sessions importantes. La doctrine française de l’aménagement du territoire prend forme dans des sessions d’EH au début des années 1950.

Mais, environ à la même époque, des événements particulièrement douloureux pour Lebret se produisent, notamment avec l’anticommunisme de Pie XII entraînant une suspicion à l’égard d’EH et la menace de condamnation du livre de Desroches sur la Signification du marxisme qui provoque une crise dans le mouvement et aboutira au départ de Desroches d’EH et de l’Ordre dominicain(6)

Un extraordinaire activisme

En 1957, Lebret s’installe à Paris pour pouvoir développer son activité internationale. L’équipe d’Économie et Humanisme demeure dans la région lyonnaise (Caluire, puis le huitième arrondissement). Pendant les neuf dernières années de sa vie, Lebret va déployer une activité internationale extraordinaire dont on donne une liste, fort incomplète(7) :

  • Création à Paris de l’IRFED qui pendant une dizaine d’années formera chaque année une centaine d’experts en développement de nombreux pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine.
  • Lancement d’une revue Développement et civilisations, consacrée aux problèmes du développement harmonisé.
  • Enquête au Vietnam en janvier et février 1959. _* Grande enquête au Sénégal de Senghor et de Mamadou Dia(8)
  • Grande enquête au Liban.
  • Interventions au Concile à la demande de Paul VI et participation à la préparation de la Constitution sur l’Église dans le monde de ce temps.
  • Rédaction à la demande personnelle de Paul VI de la première version de ce qui deviendra l’encyclique sur le Développement des peuples en 1967, un an après la mort de Lebret à Paris le 19 juillet 1966. La conception du développement, défini comme intégral et solidaire, adoptée par l’Église catholique est celle de Lebret et c’est à l’instigation de ce dernier que le Comité catholique contre la faim (CCCF) devient le Comité français contre la faim et pour le développement (CCFD).

1967-1989 ou l’âge des gestionnaires  : entre le marché des études et la reconnaissance scientifique.

Après la disparition du père Lebret, plusieurs générations se sont succédées à Économie et Humanisme grâce à d’importants investissements professionnels, au recours au marché des études, à la collaboration avec le CNRS, où Lebret avait fait son entrée à la fin des années 1940.

La première étape fut celle de la pédagogie de l’économie et de l’étude des représentations. Le dominicain Laurent Turin, prématurément décédé en 1964, et Jean-Marie Albertini en furent les initiateurs. Ce dernier, assistant de Lebret au CNRS, pour ses enquêtes et ses ouvrages sur le développement, imagina, notamment dans des sessions pour les militants de la CFDT, une représentation graphique fort stimulante de l’économie nationale qui fut à la base du best-seller régulièrement mis à jour Les rouages de l’économie nationale. Beaucoup depuis lors ont découvert la macroéconomie dans cet ouvrage. Je fus personnellement émerveillé de la qualité de cette pédagogie lors d’une session d’Économie et Humanisme dans la région parisienne pendant l’été de 1958.

La deuxième étape s’attacha particulièrement à la vie des entreprises et des organisations. Avec le soutien du Commissariat au Plan, qui s’était déjà beaucoup intéressé aux travaux de pédagogie de l’économie, une équipe dirigée par Philippe Bernoux analysa par observation participante Trois Ateliers d’OS8(9) (ouvriers spécialisés) dans des entreprises de la mécanique et de la chimie. Dans la ligne du sociologue Michel Crozier et de l’école américaine de la rationalité limitée (Herbert Simon), elle mit en lumière des espaces de liberté dans le travail étroitement organisé par des bureaux des méthodes imbus de taylorisme. A la rationalité des ingénieurs s’opposait celle des opérateurs eux-mêmes qui négociaient ainsi leur propre pouvoir. La démonstration était pleine de sens du point de vue de l’économie humaine et de l’éthique. Elle montrait la complexité des motivations humaines, face à des projets diversifiés de mobilité professionnelle des salariés ; elle discernait la réalité des contraintes et dévoilait les marges d’initiative. La recherche se poursuivit sur les nouvelles formes d’organisation du travail, notamment avec Jean Ruffier.

Relativiser la place de l’économie

Dans la même ligne, une étude de Jean Bunel et Jean Saglio sur le patronat de la région Rhône-Alpes montrait que, dans la société des patrons(10), la mot ivat ion du prof it maximum (conformément aux affirmations de la théorie économique dominante) ne l’emportait pas sur celle d’un profit suffisant pour rendre le chef d’entreprise capable de parvenir à une autonomie en vue d’accomplir ses objectifs sociaux. C’était aussi relativiser la place de l’économie dans l’éventail très ouvert des raisons d’agir au coeur de l’activité entrepreneuriale.

Le rapport au territoire est un élément fondamental de la conception lebrétienne du développement humain. Avant même la disparition de Lebret, Robert Caillot a creusé cette veine dans le cadre de plusieurs départements français, mettant à jour les méthodes de l’enquête participation(11). Avec le soutien du CNRS, Bernard Ganne a de son côté initié différents travaux sur les villes moyennes du sud-est français en mettant en relation la structure de leur appareil productif, les relations sociales se déployant sur cet espace de production et d’habitat et les politiques urbaines menées par une succession de municipalités s’efforçant de répondre, chacune à sa manière, aux défis des déséquilibres économiques et des malaises sociaux.

Ces études territorialisées se sont développées dans une troisième étape avec une ouverture internationale sur l’Afrique et sur l’Asie sous l’impulsion de Bernard Lecomte : enquêtes sur les mouvements de paysans dans trois pays de l’Afrique de l’Ouest en 1977 et 1978, voyage en Chine en novembre 1978 pour observer les communes populaires à la veille de leur disparition. Cette orientation fut confirmée et développée sous la direction des dominicains Albin Luchini(12) et Jean-Claude Lavigne. Sous l’impulsion de ce dernier, de nombreuses études furent menées dans des villes européennes et asiatiques de taille très différente. Elles se déclinèrent en de multiples travaux sur les politiques locales, les risques urbains, l’évolution des modes de vie avec leur double dimension d’emploi et d’habitat. Les bouleversements humains des transformations économiques étaient ainsi suivis de façon approfondie.

Ne pas opposer industrie et service

Dans les années 1980, s’amorce, dans une quatrième étape, une réflexion de fond sur l’économie à partir du constat de la montée d’une économie des services face à l’économie industrielle. Ces analyses de la tertiarisation montraient qu’il ne fallait pas opposer industrie et service, mais que la modernisation de l’économie faisait émerger un nouvel « output », le produit-service, où à la matérialité du bien se combine l’immatérialité de la relation de service. Questionnement radical, car des notions aussi fondamentales que celles de la productivité en sortaient bouleversées et que se déplaçait le champ des investigations des grandes entreprises industrielles vers les activités de service et l’artisanat. Michel Auvolat et Joël Bonamy furent les principaux animateurs de ce mouvement. Ils rejoignirent par la suite une structure de la recherche publique, comme l’avait fait auparavant l’équipe de Philippe Bernoux, avec les postes que les investissements intellectuels d’Économie et Humanisme avaient su obtenir du CNRS(13) .

1990-2009 ou l’âge des témoins : entre la fidélité aux intuitions d’origine et des expérimentations problématiques.

L’effort de recherche se poursuit pendant cette dernière phase, mais l’écart apparaît de plus en plus grand entre les intuitions humanistes et spiritualistes des origines et les activités professionnelles, effet de l’air du temps et du renouvellement des générations. L’effort militant de l’association s’essouffle, même s’il s’exprime de façon très volontariste à travers un certain nombre de manifestations : colloque sur les entreprises et le développement en Afrique à Paris en 1988, cinquantenaire de l’association à Lyon et à Bruxelles en 1992, relance des sessions annuelles pendant l’été, dialogue euro-japonais à Lyon en 1997 et à Tokyo en 2000, et enfin élaboration d’un nouveau manifeste pendant les années 2003-2006.

Grâce à l’effort de Philippe Blancher, directeur à partir de 1989, la tendance à la dispersion de travaux due à la multiplicité des financements contractuels cherche à se corriger par la définition de programmes permettant de valoriser la réflexion à partir des études de terrain suscitées par la commande publique et privée. Sous les titres « Insertion, travail, emploi », « Territoires, techniques, sociétés », « Sociétés civiles en dialogue », ils permettaient une mise à jour périodique des analyses en liaison plus ou moins articulée aux réflexions générales de l’association sur l’éthique économique et sociale, l’économie et les usages de la nature, le développement humain. Cependant, l’érosion progressive des fonds associatifs amène l’association à s’interroger sur son avenir.

Sous l’impulsion de son président Gérard Sarazin, une tentative de relance est décidée. L’arrivée de Cyril Kretzschmar en 1997 marque une montée impressionnante du volume des études, avec une extension des activités de conseil auprès de décideurs territoriaux ainsi que de formation et de conférences auprès de publics divers. Mais les tensions internes deviennent de plus en plus forte se traduisant par une mobilité accélérée des chargés d’études. Après quelques années d’équilibre financier, c’est en 2004, l’effondrement, marqué par la double démission du président et du délégué général. Avec acharnement, l’association présidée par Jean Vidaud tenta une ultime relance, mais, comme il l’a lui-même signalé, elle fut bloquée par des pertes financières importantes, l’accroissement de l’endettement et le retard de la vente du siège social.

Pendant toute cette période, la revue EH continue à paraître régulièrement, au rythme bimestriel, puis trimestriel. Depuis 1992, Vincent Berthet, avec sa compétence de journaliste, en a assuré jusqu’à la fin la direction(14)

Et maintenant ?

Est venu l’âge des historiens. A vrai dire, il a déjà commencé avec le travail de personnes comme Michel Lagrée, Denis Pelletier, Licia do Prato Valladérès. De jeunes historiens sont à l’oeuvre, notamment Olivier Chatelan dont la thèse sur le développement urbain de Lyon comprend tout un chapitre consacré au rôle qu’a joué le mouvement à l’âge de ses pionniers. Ces recherches ont été rendues possibles grâce à l’Association des amis de L.-J. Lebret fondée et animée par deux anciens présidents de l’association EH, Jean Quenau et André Chomel. Les archives Lebret sont aux archives nationales et il faut s’adresser à DCLIDéveloppement et Civilisations-Lebret-Irfed (49, rue de la Glacière - 75013 Paris) est le regroupement, depuis 2006, de l’IRFED créé par L.-J. Lebret et du Centre Lebret créé par V. Cosmao. pour y avoir accès. Les archives de l’association depuis que son activité est à Lyon sont déposées aux archives municipales et accessibles sur demande.

La mémoire soutient l’actualité. La pensée Économie et Humanisme est née de la grande crise des années 1930. Je pense qu’elle a encore quelque chose à nous dire dans la nouvelle grande crise que nous connaissons depuis 2007.

Libre Propos

Inventer de nouveaux chemins
par Daniel Verger

Économie et Humanisme a marqué depuis 1941 des générations de militants. J’en fus, tout comme j’ai été construit également par l’oeuvre du père Vincent Cosmao, avec le Centre Lebret. Et pourtant, l’association Économie et Humanisme vient d’être dissoute. L’article d’Hugues Puel relate avec précision et clarté cette aventure si riche, au long de près de sept décennies.

Une économie centrée sur l’Homme n’est-elle donc plus pertinente aujourd’hui  ? Au contraire, comme l’indique Hugues Puel dans sa conclusion, cette pensée « a encore quelque chose à nous dire dans la nouvelle grande crise que nous connaissons depuis 2007 ».

Lebret a élaboré sa pensée économique dans le contexte de la crise des années 1930. Économie et Humanisme a été créé en pleine seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, nous faisons face à une crise financière, économique et sociale qui découle d’un capitalisme dérégulé, fonctionnant au mépris de l’humain. Une crise écologique d’ampleur inédite se profile pour les prochaines décennies, parce que l’économie est orientée vers une consommation destructrice et de gaspillage, au détriment d’un développement durable centré sur l’Homme.

Il est temps que les nouvelles générations de chercheurs et de militants qui s’inspirent d’une démarche spirituelle comme celle du père Lebret et qui ont gardé de son message l’envie d’un professionnalisme exigeant, inventent de nouveaux chemins, de nouvelles alliances, pour que les termes d’Économie et d’Humanisme puissent continuer de s’enrichir mutuellement.

Notes

[1] - Né en 1932 à Bordeaux, Hugues Puel est entré chez les dominicains en 1957. Après avoir accompagné à des titres divers le mouvement Économie et Humanisme pendant presque un demi-siècle, il occupe sa retraite à divers engagements associatifs sur la région Rhône-Alpes et à des travaux d’écriture. Il tient dans Golias-Hebdo une tribune de l’actualité économique et vient de publier, aux Éd. du Cerf, Les raisons d’agir : chroniques pour un début de siècle.

[2] - Michel Lagrée, Religion et culture en Bretagne, Paris, Fayard, 1992.

[3] - Économie et Humanisme, n° 17, janvier février 1945.

[4] - Le témoignage de Jean Queneau dans les Cahiers des amis du père Lebret

[5] - Licia do Prado Valladares, L’invention de la Favela, Thèse Université Lumière Lyon 2, 2001.

[6] - D. Pelletier, Économie et Humanisme, De l’utopie communautaire au combat pour le Tiers-monde 1941-1966. Paris, Le Cerf, 1996.

[7] - Voir la chronologie de la vie et des oeuvres de Lebret dans T. Suavet, Actualité de L.J. Lebret, Éditions Ouvrières, Paris, 1968.

[8] - Mamadou Dia, Afrique, le prix de la liberté, Paris L’harmattan, 2001.

[9] - Paru sous ce titre en 1973 aux Éditions Ouvrières.

[10] - Titre du rapport sous lequel parut cette recherche.

[11] - Paris, Éditions Ouvrières, 1972.

[12] - Après s’être fait connaître comme sociologue par deux grandes enquêtes, l’une sur le livre de religion et sur les religieuses en France, Albin Luchini s’est attaché de 1973 à 1984 à la direction de l’association.

[13] - Pour un bilan plus approfondi, voir H. Puel, Économie et Humanisme dans le mouvement de la modernité, Paris, Le Cerf, 2004.

[14] - On trouvera en annexe de mon livre Les raisons d’agir, chroniques pour ce début de siècle (2002-2007), Le Cerf, 2009, un historique de la revue de 1942 à son arrêt en 2007.


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